Homélie du 13 Septembre 2015



Qui suis-je, au dire des gens ? demande Jésus à ses disciples. S’ensuivent une série de réponses fantaisistes, qui ne voient dans le Christ que la réin
carnation d’un prophète du temps jadis. Hier, tout autant qu’aujourd’hui, le Christ est inconnu, méconnu, ignoré. Et il faudra, pour révéler son identité véritable, les profondeurs de son être, que Pierre, inspiré par l’Esprit Saint, fasse cette confession authentique : « tu es le Messie ».

Le Messie, c’est-à-dire celui qu’annonçaient les prophètes, celui que tout homme en Israël attendait de ton son cœur, de toute son âme, comme le libérateur, la source vive de l’Espérance.  En confessant en Jésus le Messie, Pierre reconnait en lui celui qui manque à tout homme qui l’ignore, celui dont tout homme a besoin, celui que, parfois sans le savoir, tout homme attend du fond de s
on âme.

Et c’est à cause de cette confession de foi de Pierre, confession tenue jusqu’au martyre, jusqu’au don de sa vie, que nous sommes là aujourd’hui. Toute notre foi repose sur la foi des apôtres, témoins véridiques de celui qui est mort et ressuscité pour nous : ce que leurs yeux ont vu, ce que leurs mains ont touché, ce que leurs oreilles ont entendu du Verbe de vie, ils nous l’ont annoncé pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance.

A leur suite, des pasteurs ont répété cette parole de vérité : ils l’ont transmise de cœur en cœur jusqu’à nous. Que de prêtres se sont succédé ici, à Grenade et dans tous nos villages : ils n’ont eu aux lèvres que le même Evangile, toujours neuf et toujours inchangé. Hier, c’était l’abbé Hervé et l’abbé Damien. Ils vous ont affermis dans la foi. Aujourd’hui, c’est à moi, pauvre et indigne prêtre de Jésus,  que l’Eglise demande de vous faire grandir dans la foi

Je sais que ce n’est pas facile pour vous car vous étiez attachés à vos prêtres. Je sais que ce n’est pas facile pour moi car j’aimais passionnément mes paroissiens de Saint-Joseph. Mais ce manque que nous pouvons ressentir, s’il est douloureux, a aussi  quelque chose de grand et de beau : il est le signe réconfortant que vous aimez vos prêtres, et que vos prêtres vous aiment.

Et cette histoire d’amour –  si je puis dire – cette histoire d’amour  entre un homme et le peuple qui lui a été confié par l’Eglise, résume le cœur du sacerdoce catholique : le sacerdoce, disait le Curé d’Ars, c’est l’amour du cœur de Jésus. Le prêtre est là pour aimer, et ainsi transmettre, par les sacrements, par sa prédication, mais aussi par son être et son agir, l’amour du Christ.

Si je devais n’avoir qu’un objectif pour mon ministère au Grand Selve, si je devais n’avoir qu’un seul devoir, ce serait celui-ci : apprendre à vous aimer, vous que l’Eglise m’a donné, vous à qui j’ai été donné. Cela dépend d’abord de moi, mais aussi de vous. Car vous le
savez l’amour et la connaissance sont intrinsèquement liés : on ne peut aimer que ceux que l’on connait, et plus on connait, plus on aime. Et qui plus est, le bon pasteur, nous dit Jésus, c’est celui qui connait ses brebis et que ses brebis connaissant. J’ai donc le désir de vous connaître, si vous le voulez bien. N’hésitez pas à inviter vos prêtres, simplement, en famille, sans mondanité. Si vous êtes seuls et que recevez difficilement, dites-le simplement : vous viendrez déjeuner au presbytère. Surtout, surtout, n’hésitez pas à aller trouver vos prêtres, l’abbé Roch ou moi-même, quand votre cœur se sentira misérable, pour y trouver la miséricorde, quand vous serez dans la peine, pour y trouver la consolation, quand vous serez dans les épreuves personnelles ou familiales, pour y trouver du courage. Surtout, ne vous dites pas que le prêtre est débordé, qu’il a autre chose à faire qu’à écouter vos soucis personnels. Ce n’est pas vrai : le prêtre est certes très occupé, mais il n’est pas d’abord un organisateur, il n’est pas le PDG de la paroisse : il est là pour les âmes, et mieux pour chaque âme, pour l’être unique et précieux que vous êtes aux yeux de Dieu.

IMG_4267A l’aube de mon ministère parmi vous, je prie l’Esprit de charité pour qu’il nous donne, entre vos prêtres et vous, et aussi entre tous, cette communion. Car vous le savez, sans la charité, tous nos efforts apostoliques seront vains : une paroisse peut avoir les plus beaux projets, la plus solennelle des liturgies, si ceux qui la composent n’ont pas charité, cela ne sert de rien. Car Dieu n’est présent que là où sont amour et charité. Jésus lui-même a prévenu ses disciples :  » à ceci on vous reconnaitra pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». Dans une société minée par l’individualisme, où chacun crève de solitude, notre communion sera le premier témoignage de l’amour de Dieu.

Allons, mes biens chers frères, que le Seigneur nous garde, tout au long de ces années que nous allons passer ensemble, unis dans la même charité, dans la même foi, dans la même espérance, afin que nous avancions toujours au large, vers l’océan de l’éternité.

Amen

Abbé François de Larboust

Curé des paroisses du Grand-Selve

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