En route vers le transhumanisme



Le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes, annonçait avec satisfaction l’autorisation prochaine de la PMA (remboursée) pour les femmes célibataires et les couples de femmes, au nom de la « justice sociale ».

La justice est une vertu. Mais quand elle est animée par le ressentiment jusqu’à ignorer le bon sens, elle devient une passion mauvaise.

Selon Madame Schiappa, les couples homosexuels devraient avoir accès à la PMA, tout comme les couples hétérosexuels, au nom de l’égalité.

Mais de quelle inégalité parle-t-on ? Naître homme ou femme, être grand ou petit, blanc ou noir, est-ce une inégalité ou simplement une différence naturelle ? Tous les hommes ont la même dignité, et tous sont égaux, mais tous ne sont pas semblables. Et il y a dans cette diversité une richesse, parce que chacun a besoin de l’autre, et peut en retour apporter à l’autre ce qui lui manque. C’est cette complémentarité, inscrite dans la nature, qui fait la richesse de notre humanité.

Cette complémentarité, elle est particulièrement manifeste dans la procréation. Le fait que la femme ait besoin de l’homme pour devenir mère n’est pas une injustice sociale, instaurée par une société patriarcale ! C’est un fait de nature, une évidente réalité biologique. L’homme ne peut d’ailleurs être père sans une femme.

Jusque là, la médecine avait pour but de réparer la nature quand elle ne fonctionnait pas. Un couple infertile préférerait sans aucun doute concevoir sans traitement médical, et s’il a recours à une PMA, c’est  parce que quelque chose ne fonctionne pas : le corps de l’un ou de l’autre n’accomplit pas correctement toutes ses fonctions biologiques. Cela pose certes des questions éthiques, particulièrement dans le cas de la fécondation hétérologue – avec don de sperme ou d’ovocyte. Mais enfin, de soi, suivant les lois de la nature, ce couple devrait être fécond. La nature est ici simplement réparée, rétablie dans ses fonctions. La loi de l’altérité biologique est respectée : il faut une homme et une femme pour faire un enfant, et les deux seront ensemble père et mère de l’enfant.

Il en va autrement quand une femme seule, ou deux femmes veulent avoir un enfant ensemble, et réclament le droit à la PMA, sans recourir à un père, sinon en le réduisant à n’être qu’un simple matériel biologique de laboratoire. Ici, la nature n’est pas réparée, elle est niée. Le père n’est qu’un donneur, qui aussitôt s’efface de la vie de l’enfant. Ici, la médecine n’est plus réparatrice : elle se soumet au désir de quelqu’un qui veut un enfant sans accepter les lois de la nature, notamment la loi de l’altérité sexuelle.

Jusqu’où irons-nous, si la médecine n’est plus simplement réparatrice, mais pourvoyeuse de tous les désirs de l’homme ?

Au nom de l’égalité avec les couples hétérosexuels, les couples de femmes doivent pouvoir enfanter. Mais  si les femmes peuvent être mères sans homme, pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas être pères sans femme ? Ce serait une discrimination, une injustice, si l’on veut pousser jusqu’au bout la folle passion de l’égalitarisme. Et c’est cette fois la gestation pour autrui (GPA), la location du ventre d’une femme, qu’il faudra légaliser. « Cela n’a rien à voir », diront ceux qui veulent anesthésier les esprits pour les empêcher de réagir. Mais, que je sache, les mêmes causes produisent les mêmes effets,  les mêmes principes conduisent aux mêmes conséquences. On nous dit que la PMA est l’ultime frontière, que le gouvernement n’ira pas jusqu’à autoriser la gestation pour autrui mais, une fois qu’on s’est affranchi des lois de la nature, c’est la course en avant, sans aucune limite.

Et si la médecine n’a plus pour mission de réparer la nature quand elle est déficiente, mais de s’affranchir d’elle, si elle n’est plus là pour guérir mais pour exaucer les désirs individuels, pourquoi ne pas céder à d’autres revendications, celles d’un enfant comme je veux, génétiquement sélectionné, et pourquoi pas génétiquement modifié ? La porte est ainsi ouverte à un transhumanisme, à un homme OGM. Hélas, nous sommes plus attentifs à ce que nous mangeons qu’à ce que nous sommes, et les mêmes qui arrachent le maïs transgénique ne s’émeuvent aucunement de ce que la nature humaine ne soit pas respectée dans ses lois propres. La nature des plantes et des animaux serait donc bonne, quand  la nature humaine serait un fardeau ?

Il y aurait beaucoup à dire encore sur cette nouvelle transgression que prépare le gouvernement. Car l’égalitarisme est un mythe, et engendre de nouvelles inégalités. L’enfant qui ne saura jamais qui est son père, qui n’appellera personne « papa » comme le font ses copains, aura peut-être un jour le sentiment d’une injustice. Mais on le priera aussitôt de se taire, car il est trop petit pour comprendre que tous doivent plier devant la toute-puissance du désir,  et que si tous les hommes sont égaux, certains le sont plus que d’autres.

Pour ma part, j’ai bien du mal à comprendre comment la ministre à l’égalité homme-femme peut être aussi attentive à la parité dans tous les domaines de la vie sociale, « et en même temps » accepter que dans les familles on se passe allègrement d’un père ou d’une mère, bref du sexe opposé. Mais peut-être que la pensée complexe du gouvernement se prête mal  à mon intelligence limitée.

Puissions-nous nous réveiller, avant qu’il ne soit trop tard. Car, disait le philosophe Pascal, « une fois passée la borne, il n’y a plus de bornes ».

Abbé François de Larboust

 

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